Pour ramasser nos troupeaux tout d'un temps,

Pour les faire retourner

Pendant que je ferai la sentinelle,

Car je suis pris

S'ils nous trouvent ici.

Ce dernier vers du refrain, qui dans le patois est bien autrement saisissant de peur et de narquoiserie mêlées:

Ca je serin pris

Si nous traurin toussi.

les deux sorcières les grommelaient, soulevées par une telle excitation qu'elles ne pouvaient pas tenir en place et qu'elles faisaient une danse autour de Léopold. Et lui, pressé par son imagination et par la terrible réalité, assuré que cet incendie dardait ses flammes contre les oblats profanateurs, il parcourait sans cesse du regard le ciel immense, espérant y voir les anges de la désolation se frayer une route lumineuse à travers les ténèbres de la nuit.

Personne jamais n'enregistra les coups et les redoublements d'une catastrophe avec l'ivresse qu'éprouvèrent les Vintrasiens de la colline. A chaque coup des canons de Toul ou de Langres, dont le bruit sourd ébranlait toute la Lorraine, le petit peuple des Baillard entonnait un furieux Gloria in excelsis, à se faire massacrer par les villages, s'ils l'avaient entendu. Léopold retrouva une seconde jeunesse. C'était comme s'il avait soulevé la pierre d'un caveau pour revenir à la lumière.