—Je suis heureux, dit-il, d'offrir mes hommages et mes félicitations au jeune missionnaire qui a si bien débuté à Sion.

Mais l'Oblat, lui lançant un regard irrité, s'écria:

Vade retro, Satana! Retire-toi Satan.

—Vraiment, répondit Léopold, est-ce donc là cet esprit de charité que vous recommandiez dans votre prône?

Aussitôt des murmures désapprobateurs s'élevèrent contre l'Oblat, qui, sans se troubler, commença de se justifier en disant qu'il avait agi selon les paroles de saint Jean: «Si quelqu'un vient vers vous et n'apporte pas la vraie doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses œuvres perverses.» Il s'appuyait encore sur un texte de saint Mathieu: «Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, regardez-le comme un publicain et un païen.»

Mais les Baillard allaient de groupe en groupe, répétant que cet étranger méprisait les gens de Saxon et qu'il venait d'insulter Léopold. Poussé par eux, Bibi Cholion osa interpeller l'Oblat:

—On dit que vous êtes de Limoges?

—Peu vous importe, répliqua l'autre, je suis le curé légitime désigné par l'évêque du diocèse.

La réplique était forte, Léopold, pressé par François et Quirin, fit donner ses réserves: il annonça solennellement que l'Organe de Dieu viendrait bientôt à Sion et qu'on y verrait ses miracles.

Ce fut d'un effet magique. Tout le monde se presse autour de Léopold. Il vaticine, il recommence ses discours passionnés et mystérieux; il appelle avec une impatience frémissante le jour prochain où Dieu jugera la colline de Sion, la vengera de ses ennemis et mettra au-dessus de tous la tribu des justes. Cependant son jeune adversaire descendait tout seul la pente de Saxon pour regagner son gîte. Il fallut retenir François qui voulait le poursuivre et qui, au milieu d'autres injures, lui criait un reproche très propre à toucher l'auditoire: