—Ils en étaient redondants! s'exclama péniblement le moribond.
L'Oblat fut interloqué. En vain reprit-il ses arguments un par un: il ne trouvait pas l'entrée du cœur de François, non plus que du cœur des deux vieilles femmes, qui se tenaient debout de chaque côté du fauteuil. Il sentit qu'il faisait fausse route, battait les buissons, laissait s'écouler des minutes irréparables; il s'irrita, éleva trop la voix. Et comme Euphrasie se penchait, François lui dit avec son dernier sourire, où l'on crut voir un indicible mépris.
—C'est Gros-Jean… qui veut… en remontrer à son curé.
Puis il entra en agonie.
L'Oblat regagna sa cure plein de tristesse et se reprochant d'avoir été le mauvais champion de Dieu. Par légèreté, par imprudente confiance en soi-même, il avait oublié le charme puissant qu'il a plu au Créateur de laisser à Satan, et il n'avait pas su faire éclater aux yeux du pauvre abusé la force de la vérité. Toute la nuit, bourdonna à ses oreilles la plainte de cette âme qu'il n'avait pas su atteindre, qu'il avait laissée s'enfuir, opiniâtre et non réconciliée…
Les portes de l'église se fermèrent devant le cercueil du schismatique. Cette rigueur, conforme au droit canonique, fit un immense effet dans toute la population. Le jour de l'enterrement, sœur Euphrasie, navrée, humiliée à la pensée que l'homme qu'elle vénérait s'en irait au cimetière sans être accompagné de personne, alla trouver une vieille femme pauvre et lui offrit vingt francs pour suivre le convoi.
—Mes fils, ma famille ne me le pardonneraient pas, répondit celle-ci à la sœur. Gardez vos vingt francs.
Les Enfants de l'Œuvre se tapirent au fond de leurs maisons. Sœur Euphrasie, Léopold et Marie-Anne Sellier, tous les trois seuls, accompagnèrent et portèrent le corps au petit cimetière de Sion. Le maire, toutefois, marchait devant le cercueil. «Était-il donc à quelque degré son adepte?» ai-je demandé à l'un des survivants de cette lointaine époque. «A quoi pensez-vous? Non, certes! m'a-t-il répondu; mais c'était comme représentant de l'autorité et pour qu'un homme baptisé, un ancien curé, ne fût pas enterré comme un chien.»
On planta une haie entre la tombe de François et les autres tombes pour témoigner que, même dans la mort, le prêtre schismatique demeurait séparé des fidèles.