Après leur rupture, Alfred de Musset avait continué d'écrire à George Sand, à des intervalles plus ou moins longs; une correspondance d'un nouveau genre, toute amicale, s'était établie entre eux:
George Sand à Alfred de Musset.
«Avec les gens qu'on n'aime ni n'estime, on peut avoir des exigences et ne pas se donner la peine de les motiver. De moi à toi, il n'en sera jamais ainsi et je ne te demanderai jamais rien sans savoir de toi-même à quel point tu approuves ma demande.»
[1836]
Lorsqu'au mois de janvier 1836 la Confession d'un Enfant du Siècle parut en librairie, George Sand fit part à Mme d'Agoult de ses impressions:
«....Je vous dirai que cette Confession d'un Enfant du Siècle m'a beaucoup émue en effet. Les détails d'une intimité malheureuse y sont si fidèlement rapportés depuis la première heure jusqu'à la dernière, depuis la sœur de charité jusqu'à l'orgueilleuse insensée, que je me suis mise à pleurer comme une bête, en fermant le livre. Puis j'ai écrit quelques lignes à l'auteur pour lui dire je ne sais quoi: que je l'avais beaucoup aimé, que je lui avais tout pardonné et que je ne voulais jamais le revoir... Je sens toujours pour lui, je vous l'avouerai bien, une profonde tendresse de mère au fond du cœur; il m'est impossible d'entendre dire du mal de lui sans colère, et c'est pourquoi quelques-uns de mes amis s'imaginent que je ne suis pas bien guérie....»[56]
Pendant l'hiver de 1837, George Sand vint passer quelques jours à Paris; ils se retrouvent et ont «six heures d'intimité fraternelle, après lesquelles il ne faudra jamais se mettre à douter l'un de l'autre, fût-on dix ans sans se voir et sans s'écrire.»
«Tu peux disposer de moi comme d'un ami, et compter que je ferai avec joie tout ce qui te sera agréable», répond-elle le 19 avril 1838 à Alfred de Musset qui lui avait recommandé quelqu'un.
La même année ou l'année suivante, Alfred de Musset impose silence à Alfred Tattet qui avait raconté divers incidents du voyage à Venise:
«J'apprends, mon cher Alfred, que vous avez manqué plusieurs fois à la parole que vous m'aviez donnée de garder le silence sur tout ce qui s'est passé en Italie. Cela m'a fait beaucoup de peine, d'abord pour vous, qui manquez à votre promesse, et ensuite pour moi, qui ai cru, pendant plus de quatre ans, avoir un véritable ami.