«T. à v. «Alfd de Musset.»
En 1839, Alfred de Musset écrit Le Poète Déchu, sorte d'autobiographie inédite, qui ne fut pas terminée et dont le manuscrit a été presqu'entièrement détruit par son frère Paul (il n'en subsiste plus guère que les divers fragments publiés dans la Biographie). Alfred de Musset y dépeint ainsi son état moral, après sa rupture avec George Sand:
«....J'étais si sûr de moi, que je crus d'abord n'éprouver ni regret ni douleur. Je m'éloignai fièrement. Mais à peine eus-je regardé autour de moi, que je vis un désert.... Je rompis avec toutes mes habitudes, je m'enfermai dans ma chambre, j'y passai quatre mois à pleurer sans cesse, ne voyant personne.... Plus tranquille, je jetai les yeux sur tout ce que j'avais quitté; au premier livre qui me tomba sous la main, je m'aperçus que tout avait changé: rien du passé n'existait plus, ou du moins, ne se ressemblait. Un monde nouveau m'apparaissait comme si je fusse né de la veille.... Je compris alors ce que c'est que l'expérience, et je vis que la douleur apprend la vérité....»[57]
M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, dans son livre, cite les lettres qu'«Elle» et «Lui» échangèrent en 1840 à propos de leur correspondance passée.—Moi-même ai déjà raconté dans une lettre publiée par l'Intermédiaire des chercheurs et curieux du 20 novembre 1892, comment M. Jules Grévy, pour Alfred de Musset, et M. F. Rollinat, pour George Sand, furent chargés, en vue d'un échange, de reconnaître les paquets de lettres confiés pour le moment à Gustave Papet (qui les tenait de Mme Ursule Josse, et j'ajouterai qu'ils passèrent ensuite par les mains de MM. Alexandre Manceau, Ludre Gabillaud, et enfin Émile Aucante, détenteur actuel) et comment l'affaire n'aboutit pas.
Dans les premiers jours de 1841, nouvelle rencontre des deux anciens amants, qui inspire à Alfred de Musset son Souvenir[58].
Au commencement de l'année 1844, Paul de Musset visite l'Italie et son frère lui rappelle l'ancien amour dans les stances qu'il lui dédie[59]:
Toits superbes, froids monuments,
Linceul d'or sur des ossements,
Ci-gît Venise!
Là, mon pauvre cœur est resté!
S'il doit m'en être rapporté,
Dieu le conduise!
Mon pauvre cœur, l'as-tu trouvé,
Sur le chemin, sous un pavé,
Au fond d'un verre?
Ou dans ce grand palais Nani
Dont tant de soleils ont jauni
La noble pierre[60]
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
L'as-tu trouvé tout en lambeaux
Sur la rive où sont les tombeaux?
Il y doit être.
Je ne sais qui l'y cherchera
Mais je crois bien qu'on ne pourra
L'y reconnaître.
En 1854, George Sand, pour repousser les attaques de la Biographie de Mirecourt, adresse une lettre au journal Le Mousquetaire[61]: