— Si vous connaissez le pays, vous le reconnaîtrez.
— Alors, je puis dire à mes amis qu’on ne va pas en pays neutre ?
A la cinq ou sixième fois j’ai raconté ça à Fourgues.
— Parbleu, tous ces farceurs sont d’âge militaire. Si on les débarque en Espagne ou en Italie, faudra qu’ils filent là-bas pour tâter du 75. Ils préfèrent une saison en France, bien à l’abri. Ils savent que nous sommes bien trop gourdes pour leur faire bobo.
Fourgues avait raison. Quand j’ai dit ça au vieux Boche, il a souri sans répondre.
On les a débarqués à *** et ils ont été se faire pendre ailleurs. Quelle chiennerie dans leur écurie ! Il a fallu laver et briquer deux jours. Ça sentait encore.
Tu penses si le patron a rappliqué par le premier train. Il commençait à se demander ce que devenait le Pamir. Et il n’aime pas beaucoup à perdre de l’argent. Sa première entrevue avec Fourgues a été un peu orageuse. Il n’a pas trop osé lui reprocher d’avoir fait demi-tour avant Liverpool, parce que, tout de même, ç’aurait été un peu fort de café. Cependant il a tiqué.
— Vous auriez bien pu aller à destination, deux jours de plus ou de moins ce n’était pas une affaire.
— Tout cela ne serait pas arrivé, — dit Fourgues, — si l’arbre de couche ne m’avait pas claqué en plein Atlantique. Muriac s’est fameusement débrouillé. Mais, sauf votre respect, toute la machine est déclinchée.
— Bref, — dit l’autre, — vous avez toujours vos cinq mille balles de coton.