Fourgues se gondolait comme un cachalot ; il n’a pas voulu m’expliquer, mais il a dit :

— Si c’est moi qui perds, je te paie une boîte de cigares. Si c’est moi qui gagne, tu me feras deux quarts de rabiot, de minuit à quatre.

— Ça je veux bien, mais pourquoi ?

— Je te dirai après.

Il n’a pas voulu démordre et n’a rien expliqué. Mais cet animal-là avait raison. Entre Malte et l’Algérie on est tombé sur les embarcations de la Mer-Morte qui avait été torpillée quinze heures avant notre passage.

On les a trouvées au petit jour, vers six heures et demie du matin. C’est moi qui étais de quart. Fourgues m’avait dit en me passant le quart, à quatre heures du matin :

— Ne quitte pas la route secrète, hein, petit ? Il faut venir à l’Ouest, à cinq heures précises, tu vois, au point que j’ai marqué au crayon sur la carte. C’est le point où se croisent les routes secrètes venant du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest. C’est un point bien intéressant. Tous les bateaux y passent. Passes-y aussi.

Moi j’y ai passé aussi juste que j’ai pu. Il faisait une jolie brise d’Est qui nous poussait dans le dos et nous donnait un bon roulis, car on était vide. Les Africains rendaient dans les coins tripes et boyaux et l’on n’y voyait pas à cent mètres.

J’étais venu route à l’Ouest depuis environ une heure et quart, et j’en allumais une pour me réveiller, quand la vigie du haut du mât se met à hurler :

— Épave à deux quarts par tribord.