« L’amrar s’efforcera de retenir la montagne tant que l’oiseau sera dans la cage d’or ! »
Et Heniya que le Sultan croyait endormie répondit à la vieille sur le même ton et avec le même rythme rapide, sans se dégager de l’étreinte amoureuse de son maître :
« Va-t’en et parle à l’amrar. Dis-lui : Une plume d’aigle fut emportée par le vent, et la cigogne des plaines l’a prise pour garnir son nid.
« Mais les aiglons sont venus en grand nombre.
« Ils ont rempli le nid et trouvé la plume.
« Ils vont l’emporter.
« Va ! fais vite et sois sans crainte. »
La vieille sorcière disparut et Heniya, subitement transformée, s’abandonna pour la première fois douce et caressante dans les bras du Sultan, qui la crut pâmée d’amour alors qu’elle était ivre d’espérance.
Le lendemain, il se passa au palais des choses terribles. On trouva les gardes ou ligotés ou poignardés. Au petit jour, les Berbères de la suite de Heniya s’étaient rués sur le personnel endormi, avaient envahi les écuries, enlevé les plus beaux chevaux et par la porte de l’aguedal, avant que la moindre tentative ait pu être faite pour l’arrêter, la Berbère prit la fuite entourée et suivie de ses fidèles montagnards. Elle et eux, tous barbares, étreignant de leurs jambes nues les chevaux du Makhzen, disparurent dans un galop effréné qui, en deux heures, les mit à l’abri dans les défilés du Djebel Kandar.
En apprenant ces graves événements, les gens de Fez qui sont raffinés et frondeurs fermèrent leurs portes, s’insurgèrent contre le Sultan et réclamèrent des privilèges.