Il fallut, à force de bras et de machine rouler la voiture dans le champ, puis la remettre sur la piste.
Tandis que le mécanicien vérifiait le fonctionnement de l’organe avarié, Duparc, qui peu à peu s’aguerrissait ou qui ne s’était pas rendu compte du danger que lui et ses compagnons venaient de courir, reprit ses questions. Son esprit amoureux de clarté trouvait insuffisante la réponse de Martin.
— Expliquez-moi, je vous prie, dit-il, pourquoi ces gens, s’ils le pouvaient, n’ont pas cherché à se faire comprendre de vous.
— Ils n’y tiennent pas ; pourquoi voulez-vous d’ailleurs que ces paysans qui sont très indépendants de caractère se donnent la peine d’user, pour me faire plaisir, d’une langue étrangère ? C’est très calé, d’abord, de savoir deux langues ; et ensuite la possibilité qu’ils ont de rester impénétrables est un avantage ; ils le gardent.
— Sans doute, reprit Duparc, les officiers qui commandent à ces populations savent leur langue intime ?
— Non, personne ne la connaît ; on dirige ces gens à l’aide de ceux d’entre eux qui sont bilingues, ou par l’intermédiaire de secrétaires arabes d’origine, mais sachant le berbère.
Duparc demeura un instant pensif. Puis il reprit :
— Voilà qui est sans doute particulier au Maroc ; il existe, du fait de cette langue qu’on ignore, un mur entre ces tribus et nous. De plus, ces gens sont, dans leurs rapports avec l’autorité et nous-mêmes sommes, dans notre action sur eux, à la merci d’intermédiaires.
— Vous venez d’émettre là, dit Martin, à l’endroit de nos méthodes un jugement sévère, et chez un roumi débarqué d’hier, cela promet.
— Sévère, dites-vous, mais est-il juste ? demanda Duparc.