En effet, avant même que les fantassins fussent arrivés sur la crête, il n’y avait plus personne derrière, sauf deux corps tombés. Les Berbères avaient reflué sur la lisière du bois prolongeant la ligne de leurs camarades du groupe de gauche. Et, presque instantanément, une fusillade partit du bois et la compagnie dut se terrer. Les assaillants manœuvraient en repli ou préparaient une autre attaque. Les balles pleuvaient autour de la voiture.
— En route à toute allure vers le camp, cria Martin, sinon les camarades vont vouloir nous dégager et ce sera la pire des choses. Ils sont bien sur cette crête. Il ne faut pas leur donner la raison d’en sortir.
La voiture marchait mal, mais, aidée par la pente, elle roula cahin-caha vers le caravansérail. La compagnie occupant un pli dominant toute la vaste clairière de Harcha activa son feu sur la lisière du bois, cherchant à protéger la progression de l’automobile. Celle-ci avançait lentement. Autour d’elle, sur les pierres, crépitaient les balles partant du bois, déjà à une assez grande distance.
Soudain, le grand corps de Mongarrot fléchit et son front vint toucher le dossier du chauffeur…
Quelques instants plus tard, le toubib du convoi examinait le blessé étendu au milieu du caravansérail. Mongarrot ne paraissait pas souffrir et souriait doucement. Le médecin rapidement fixé s’écarta et, par un geste, indiqua à ses compagnons que l’homme était perdu. La balle avait fracassé la colonne vertébrale. Duparc et Martin tenaient chacun une main de leur ami.
— Je vais mourir très vite, dit celui-ci. Et il demanda qu’on lui apportât sa trousse de voyage.
Fébrilement Duparc courut à la voiture, rapporta le nécessaire et, parmi les objets qu’il contenait, trouva un étui plat.
— C’est cela, dit le blessé.
Il y avait là dedans un petit crucifix pareil à ceux que portent sur la poitrine certaines religieuses. Duparc le plaça entre les deux mains de Mongarrot ; très péniblement celui-ci parvenait encore à les joindre.
Les deux officiers discrètement passèrent derrière le blessé, laissant celui-ci à son ultime recueillement.