On parvenait au bout de la côte. Dans une vaste clairière, le convoi apparaissait groupé au centre du caravansérail. Une section le gardait prête à parer au mouvement tournant, tandis qu’une compagnie et demie, à peu près, recevait, déployée sur un front très étendu, l’attaque des Berbères qui paraissaient en nombre. Ceux-ci tournaient le dos aux voyageurs et à la machine. Mongarrot l’avait prudemment stoppée d’un geste derrière la crête.
Le chauffeur prit son fusil et rejoignit les officiers qui, à plat ventre sur un talus, examinaient le terrain devant eux.
— Voyez, dit Martin, la façon de combattre de ces Berbères…, quelle admirable leçon le hasard nous donne aujourd’hui en nous plaçant de ce côté-ci du tableau ! Voyez comme cette ligne de tirailleurs utilise le terrain et peu à peu glisse vers la droite entraînant notre riposte. Voyez ! voyez ! ajouta-t-il, le bras tendu vers la gauche, on les distingue à peine, tant la couleur de leurs nippes se confond avec celle des cailloux ; ils sont là toute une masse en réserve et prêts à bondir sur le camp défendu par une seule section.
— Il ne semble pas qu’il y ait de chef, dit Duparc, et pourtant tout cela marche avec ordre.
— Le camp, continua Martin, ne peut voir le groupe caché et qui le menace. Tout le reste n’est que pour amuser l’escorte. Le grand effort va se déclencher tout d’un coup sur le caravansérail. Il nous faut faire cinq cents mètres de plus avec la voiture, nous arrêter à hauteur de ce gros rocher et là, ma foi, ouvrir un feu d’enfer sur tout ce que nous verrons.
Le chauffeur avait déjà compris et mis son moteur en marche. Quelques secondes plus tard, la voiture dévalait à une allure folle, tous freins lâchés, le mécanicien cramponné furieusement à son volant pour résister aux secousses.
— Halte ! et prends ton fusil, Grégoire ! cria Martin au chauffeur.
Les Berbères avaient vu la voiture. Tous se levèrent, se démasquant pour les voyageurs et aussi pour la section en réserve qui ouvrit le feu au moment même où le tir précis des officiers les prenait à revers. Il y eut un éparpillement de toute la masse et il sembla un instant que la rocaille roussâtre se mouvait ; puis l’objectif s’évanouit laissant de nombreux corps derrière lui.
Sur le front de combat, les Berbères qui manœuvraient l’escorte, entendant une vive fusillade en arrière d’eux et à gauche, lâchèrent prise. Ils disparurent complètement et rapidement pour la compagnie dans un repli de terrain que les voyageurs voyaient parfaitement d’enfilade. Les quatre fusils firent rage sur tout ce qui apparaissait courant au ras du sol dans ce creux. En même temps, on entendit des cris : c’était la compagnie, qui, baïonnette au canon, se lançait en avant et bientôt couronnait la crête abandonnée par les Berbères.
— Erreur, cette charge dans le vide ! cria Martin.