— Mais si la route est encore barrée ? fit Duparc.
— Je ne le crois pas, dit Martin ; voyez l’effort qu’il leur a fallu pour traîner ici cet arbre mort.
Les quatre hommes, réunissant leurs forces, eurent grand’peine à écarter de la piste le tronc qui la barrait. Puis le chauffeur éprouva des difficultés pour remettre en marche son moteur. Il fut nécessaire encore, par un feu nourri, d’arrêter les indigènes qui faisaient un nouveau bond vers la voiture. Et quand celle-ci fut en marche, une volée de balles claqua tout autour. Au loin, la fusillade s’accentuait.
La situation de nos voyageurs était critique. Les gens qui les attaquaient n’étaient qu’un faible parti, d’une dizaine d’hommes peut-être, détaché du gros des assaillants avec mission de s’emparer de la voiture. Il était à craindre que, repoussés par le convoi, les autres indigènes ne se rejetassent sur l’automobile, cause par son arrivée imprévue de l’échec de leur tentative. La vitesse seule pouvait tirer d’affaire la petite Ford et ceux qu’elle portait. Or, le moteur cognait et l’allumage était irrégulier.
La traversée de la clairière s’acheva pourtant sans mal. Une forte odeur d’absinthe indiquait seulement que la caisse placée à côté du chauffeur avait été touchée et coulait.
Dès le sous-bois, les balles qui cinglaient autour d’eux s’espacèrent. Mais Mongarrot signala que les assaillants distancés se jetaient derrière la voiture, comptant peut-être sur un arrêt obligé. Devant, la fusillade était de plus en plus distincte et ponctuée par des feux de salve.
La piste montait et le moteur peinait ferme.
— Nous allons arriver en plein combat, dit Martin, et au revers des assaillants. Cela va être tout à fait intéressant.
Il fallut pourtant descendre et pousser vers le haut de la côte la voiture qui n’en pouvait plus.
— Il est à noter, continua Martin, tout en poussant, que ces Berbères, qui savent si bien nous manœuvrer au combat, sont tout de suite démoralisés dès que nous les manœuvrons nous-mêmes. Je serais curieux de voir si notre intervention sur leur ligne de retraite…