— Je ne serais pas fâché de savoir ce qui les a retardés.
— Ils prennent rarement deux fois le même chemin.
— Ils ont dû éviter le couloir de l’Aguennour.
— Quels braves gens que ces rekkas !
Puis il y eut l’attente nécessitée par le triage du courrier et enfin le vaguemestre de l’état-major entra, donna à chacun ce qui lui revenait et déposa devant le commandant le pli épais des correspondances officielles. Il y eut dans la nuit, sur le front nord de Khenifra, une fusillade de quelques minutes. Cela répondait à une volée de balles décochées par les guetteurs ennemis au moment où le poste était sorti pour recueillir les courriers. Ceux-ci étaient arrivés à peu de distance l’un de l’autre, essoufflés, après une course échevelée pour traverser d’une seule traite la distance qui séparait le poste du point où ils s’étaient terrés, en attendant le moment favorable à leur dernier bond. Personne ne fit attention au bruit ; c’était un incident trop banal pour déranger des gens voluptueusement occupés à ouvrir des enveloppes. Chacun d’ailleurs s’en fut coucher rapidement emportant son bien. Le commandant et l’officier des renseignements restèrent seuls à dépouiller le courrier officiel.
— Tenez, Martin, voici quelque chose de singulier auquel je ne m’attendais guère, dit le chef tendant un pli ouvert à son adjoint.
Celui-ci lut :
— Pour nous conformer au désir exprimé par le Makhzen Central, vous vous efforcerez de faire parvenir au caïd Mohammed ou Hammou Zaïani la lettre ci-incluse que lui adresse du harem chérifien sa fille Rabaha.
Suivait une analyse succincte de la correspondante d’ailleurs très banale. La fille du caïd donnait à son père des nouvelles de sa santé et lui demandait des siennes.
— Que pensez-vous de la commission dont on nous charge ? demanda le commandant tout en continuant de décacheter le courrier.