—Si la lumière vient jusqu'ici, c'est que le ciel n'est pas bien loin. Oui… Mais, le voir!… Voir le ciel… un tout petit peu… un petit coin… si petit, si petit…
Il mit les mains dans ses poches, et sentit quelque chose de lisse, un bout de glace que, peu de temps avant, il avait ramassé dans la cour. Il le prit dans la main, et la glace lui parut lumineuse. Il pensa:
—Tiens?… Que veut dire cela?…
Il se rendit compte qu'il était juste sur le trajet de la flèche de lumière. Et, soudain, comme, assis sur sa couchette, il fixait toujours le miroir, il poussa un cri.
Au fond de sa main, sur ce carré de verre, une miette de ciel se mirait; une miette, mais bleue, limpide, et si brillante, qu'on eût dit une étoile dansant au fond d'un puits.
Sa détresse fondit en une joie immense. Il n'osait faire un mouvement, craignant de voir s'enfuir la chère image, et, peu à peu, une bizarre pensée le pénétra:
—Il était mieux ici qu'à l'atelier: il faisait froid?… Il faisait noir?… Hé non! puisqu'il y avait du ciel!… Il était seul, du moins… Il pouvait penser, pleurer ou rire à sa guise, sans que pesât sur lui le regard féroce de l'adjudant. Prison pour prison, il préférait celle-là. Il n'y avait donc qu'une chose à faire: Y rester.
Dès lors, pour être puni de cellule, il apprit à ruser, supputant, au plus juste, le prix des fautes, se frottant les mains sitôt qu'on lui annonçait une augmentation, se faisant porter malade, sûr de n'être pas reconnu.
Quand il se vit 120 jours en perspective—car, dans les pénitenciers, la durée du temps de cellule n'a d'autre limite que celle de la résistance de l'homme—il respira.
Son coin de ciel dans le creux de sa main suffisait à son rêve. En s'éveillant, il se hâtait de le regarder, et disait: