—Je ne vais pourtant pas crever de faim avec vingt francs sur moi!

Peu à peu, cependant, il commençait à comprendre.

—Non, je n'ai pas une tête à avoir un louis. De l'or, entre les mains d'un traîne-misère comme moi, ça semble louche. On se demande d'où je le tiens… On croit peut-être que je l'ai volé… que j'ai attaqué un passant, au coin du bois. Cela vous donne une si drôle de figure, la faim!…

Comme il monologuait ainsi, au tournant du chemin, il vit un homme s'avancer vers lui.—Lui aussi allait, d'un pas traînant, courbant l'échine. Il portait des vêtements usés. Un vieux chapeau couvrait sa tête, et sa barbe inculte, grise de poussière, faisait mieux ressortir le hâle de son visage.

Les deux vagabonds s'arrêtèrent, et comme si tous ceux qui souffrent se connaissaient, se tendirent la main.

—Où vas-tu ainsi, compagnon? dit l'homme au louis.

—Je tâche de gagner le village, là-bas, pour y passer la nuit.
Faisons-nous route ensemble?

—Non. Je vais à l'opposé. Et même, si j'ai un conseil à te donner, c'est de rebrousser chemin… On n'est guère accueillant aux chemineaux, là-bas… J'en viens. Tu ne trouveras pas un coin de grange où coucher.

—Baste! avec de l'argent!…

—Même avec de l'argent.