Elle me l'indiqua. J'y allai.

Tout en marchant parmi les tombes, je songeais:

«Comme l'amour dicte à deux êtres des pensées pareilles, et comme nous sommes encore rapprochés l'un de l'autre, pour que des rêves semblables viennent nous bercer tous deux!»

Tout au bout d'une allée, je m'arrêtai. C'était là: un coin de terre avec des herbes incultes, tout entouré de tombes.

Par curiosité, comme on regarde en wagon les gens qui voyagent près de vous, je regardai tes tombes voisines. Et voilà que sur l'une, la plus proche, je lus le nom de mon ami.

Je me ressouvins alors du chemin si souvent parcouru. Je reconnus les fleurs sèches et les couronnes que nous y portions tous les ans.

Ce fut cinglant comme un coup de cravache, éblouissant comme une lueur d'incendie. D'un coup, tout mon passé, tous mes soupçons, toutes mes haines, s'étaient dressés devant moi.

Notre place? Près de lui? Et c'est elle qui avait choisi cette place?

Je rentrai à la maison. Je devais avoir l'air d'un fou. Au dîner je ne mangeai pas.

C'était le 17 novembre.