Devant le fusil braqué, le mendiant avait eu peur et s'était rejeté dans l'ombre. Il grelottait, oubliant presque le malheureux qui, sur la route, mourait peut-être en cet instant. Pour la première fois, une rancune montait de son coeur. Jamais, autant qu'à cette heure, il ne s'était senti lamentable et repoussé.
Et s'il avait eu faim, pourtant, s'il avait frappé pour qu'on lui prêtât abri? N'avait-il pas le droit, lui, misérable, de trouver un tas de paille près des bêtes, un bout de pain près des chiens?… Il n'était donc pas, sous ses haillons, une créature du bon Dieu, comme les autres, puisque les riches pouvaient le menacer de mort?…
La frayeur, d'un seul coup, l'avait rendu méchant.
D'abord, il voulut se ruer à coups de trique sur les volets, puis, il réfléchit:
—Si je frappe encore, il tire… Si j'appelle, il va ameuter le village et je serai assommé avant d'avoir pu dire d'où je viens… Si je m'adresse ailleurs, ce sera pareil…
Sa résolution prise, il se mit à courir, refaisant le chemin parcouru, pour essayer de sauver tout seul le compagnon d'une seconde. Il courait, avec la terreur de ce qui avait pu se passer durant son absence…
—Qu'est-ce que je vais voir en bas!…
Pour dévaler la côte, il retrouva des jambes de vingt ans. Quand il approcha de l'endroit où la voiture s'était arrêtée, il cria:
—Camarade!
Pas de réponse. Il cria encore: