—Oh! monsieur! Ne dites pas cela! Un beau métier?… Vous voulez dire un métier de terreur et de mort… Un métier d'épouvante et de cauchemars… Tenez… Je ne vous suis rien, pourtant, faites-moi un plaisir… Prenez le train que vous voudrez, mais pas celui de 10 heures 50…

—Pourquoi? fis-je en souriant. Seriez-vous superstitieux?

—Je ne suis pas superstitieux… Je suis simplement le mécanicien qui conduisait le rapide 17 le jour de la catastrophe du 24 juillet 1894. Et, c'est un tel souvenir dans ma vie, que rien ne pourra jamais l'effacer de ma mémoire…

Nous étions partis de la gare de Lyon à l'heure réglementaire, et nous roulions depuis deux heures environ.—Il avait fait une journée étouffante.—Sur la plate-forme de la machine, malgré la vitesse considérable à laquelle nous marchions, l'air nous arrivait dans la figure, lourd, écoeurant. Un vrai temps d'orage, quoi…

Tout d'un coup, comme si l'on avait tourné le bouton d'une lampe électrique, tout s'éteignit dans le ciel. Plus une étoile. Plus de lune, et de grands éclairs qui rayaient la nuit d'une clarté si violente et si blanche, qu'après eux l'obscurité semblait aussi épaisse que de l'encre.

Je dis à mon chauffeur:

—Ça y est! Il va pleuvoir!

—Il ne sera que temps! C'est à n'y plus tenir dans cette fournaise. Par exemple, il faudra faire attention aux signaux.

—Pas peur! J'ouvre l'oeil!

Cela tonnait si fort que je n'entendais plus ni le fracas des roues, ni le souffle de la locomotive.