La pluie ne venait toujours pas, et l'orage se rapprochait. Nous filions dans sa direction. On aurait dit que nous courions après.

On a beau n'être pas poltron, cela fait tout de même quelque chose de se sentir lancé dans la tourmente sur cette bête d'acier qui fonce comme une folle.

Devant nous—oh! pas à cent mètres—un éclair piqua droit au sol, et il flambait encore devant moi, qu'une détonation terrible retentit, puis une autre, si déchirante, que je fermai les yeux, et m'abattis sur les genoux.

Je demeurai ainsi quelques secondes, ahuri, assommé, dans cette espèce de torpeur où doivent se trouver les gens après un formidable coup de poing sur la nuque.

Enfin, je revins à moi. J'étais toujours sur les genoux, le dos appuyé à la paroi de la plate-forme. Il me semblait que je revenais de centaines de lieues. J'essayai de me relever. Impossible. Mes jambes restaient sous moi, molles, impuissantes. Je crus m'être cassé quelque chose dans ma chute. Pourtant, je n'éprouvais aucune douleur, si légère fût-elle. Je voulus, m'aidant de mes mains, me redresser… Mes bras pendaient inertes à mes côtés!

J'étais là, affolé, avec cette sensation vraiment extraordinaire que mes bras ni mes jambes n'étaient plus à moi; que je ne leur commandais plus… ou qu'ils ne voulaient plus m'obéir… que c'étaient des choses sans vie, tout comme mes vêtements que le vent soulevait… Je ne sais quel sentiment ou quelle force m'empêchaient d'ouvrir les yeux.

Nous roulions à toute vitesse. L'orage grondait encore, mais moins rude, plus éloigné. La pluie tombait. Je l'entendais crépiter sur l'acier, et je sentais des gouttes tièdes sur ma figure.

Une grande détente s'était faite en moi. Je me sentais vraiment bien, tout à fait bien, un peu las seulement. Le souvenir de mon métier, de mon travail, m'arracha cependant à ma somnolence, et, ne comprenant pas encore par quel étrange phénomène j'étais comme paralysé, j'appelai mon chauffeur pour qu'il m'aidât à me relever:

Pas de réponse!

Il y a un bruit étourdissant sur une machine en vitesse. Je le hélai plus fort.