—François! Hé! François! Un coup de main!…
Rien! Alors, une angoisse me prit. J'eus peur. Peur de qui? de quoi?… Je ne savais pas… J'ouvris les yeux et je poussai un hurlement: oui, je dus hurler d'épouvante.
La plate-forme était vide. Mon chauffeur avait disparu!
Dans cette seconde, avec une rapidité, une clarté surprenantes, tout ce qui s'était passé depuis le coup de tonnerre m'apparut.
La foudre avait éclaté sur nous, tuant mon chauffeur qui avait roulé sur la voie. Moi, j'étais paralysé!…
Non, monsieur, quand je serais savant et que je chercherais des mots et des mots, nulle parole au monde ne saurait vous donner une idée de la terreur qui s'empara de moi.
Au feu, les soldats voient tomber leurs camarades autour d'eux, et n'en demeurent pas moins à leur poste, l'arme à la main. Mais ils savent d'où vient le coup qui les frappe. Ils regardent les corps effondrés. Ils redoutent la balle, et l'attendent pourtant. Mon compagnon à moi m'avait été enlevé comme par magie, arraché!… volatilisé!…
Ceci n'est rien encore. A peine cette première vision se fût-elle précisée, qu'une autre monta, et celle-là si terrible que je ne puis l'évoquer sans frémir.
Derrière moi, dans leurs wagons, deux cents voyageurs dormaient ou conversaient paisiblement; deux cents êtres humains emportés dans une course vertigineuse; deux cents, qui galopaient vers la mort, car ils n'avaient pour les conduire qu'une chose inerte et sans force, incapable même d'étendre un bras, un paralytique… un infirme… Moi!…
Et plus mon corps était incapable d'agir, plus ma pensée jonglait avec les visions, les souvenirs.