Tous coururent au Soleil-d’Or, où Korneliz et son beau-frère buvaient aussi leur pot de cervoise, et l’aubergiste s’élança dans le village en criant que les Espagnols approchaient.

Alors il y eut une grande rumeur en Bethléem. Ces femmes ouvrirent les fenêtres et les paysans sortirent de leurs maisons avec des lumières qu’ils éteignirent lorsqu’ils furent dans le verger, où il faisait clair comme à midi, à cause de la neige et de la pleine lune.

Ils s’assemblèrent autour de Korneliz et de Krayer, sur la place, devant les auberges. Plusieurs avaient apporté leurs fourches et leurs râteaux, et se parlaient avec terreur sous les arbres.

Mais comme ils ne savaient que faire, l’un d’eux courut chercher le curé, à qui appartenait la ferme de Korneliz. Il sortit de sa maison avec le sacristain en apportant les clefs de l’église. Tous le suivirent dans le cimetière, et il leur cria du haut de la tour qu’il y avait des nuages rouges du côté de sa ferme, bien que le ciel fût bleu et plein d’étoiles sur tout le reste de la campagne.

Ayant délibéré longtemps dans le cimetière, ils décidèrent de se cacher dans le bois que les Espagnols devaient traverser et de les attaquer s’ils n’étaient pas très nombreux, afin de reprendre le bétail de Petrus Krayer et le butin qu’ils avaient fait à la ferme.

Ils s’armèrent de fourches et de bêches, et les femmes restèrent autour de l’église avec le curé.

En cherchant un endroit favorable à leur embuscade, ils arrivèrent près d’un moulin, aux limites de la forêt, et virent brûler la ferme au milieu des étoiles. Ils s’installèrent là, devant une mare couverte de glace, sous d’énormes chênes.

Un berger, que l’on appelait le nain-Roux, monta au sommet de la colline pour avertir le meunier, qui avait arrêté son moulin en voyant les flammes à l’horizon. Cependant il laissa entrer le paysan, et tous deux se mirent à une fenêtre pour regarder au loin.

La lune brillait devant eux sur l’incendie, et ils aperçurent une longue foule qui marchait sur la neige. Quand ils l’eurent contemplée, le Nain descendit vers ceux qui étaient dans la forêt, et ils distinguèrent lentement quatre cavaliers, au-dessus d’un troupeau qui semblait brouter la plaine.

Comme ils regardaient au bord de la mare, et sous les arbres éclairés de neige, le sacristain leur montra une haie de buis, derrière laquelle ils se cachèrent.