Il parla flamand et latin ; mais le chef poussait lentement les épaules pour exprimer qu’il ne comprenait point.
Ses paroissiens lui demandaient à voix basse : « Que dit-il ? que va-t-il faire ? » D’autres, voyant le curé, sortaient craintivement de leurs fermes, des femmes accouraient et chuchotaient dans les groupes, tandis que les soldats qui assiégeaient un cabaret, se joignaient au grand rassemblement qui se formait sur la place.
Alors celui qui tenait par la jambe l’enfant de l’aubergiste du Chou-Vert, lui trancha la tête d’un coup d’épée.
Ils la virent tomber devant eux, suivie du reste du corps qui saignait sur l’herbe. La mère ramassa celui-ci et l’emporta en oubliant la tête. Elle trotta vers sa maison mais se heurta contre un arbre et tomba à plat ventre dans la neige où elle demeura évanouie, cependant que le père se débattait entre deux soldats.
De jeunes paysans lancèrent quelques pierres ; mais les cavaliers abaissèrent leurs lances, les femmes s’enfuirent et le curé se mit à hurler avec ses paroissiens, au milieu des moutons, des oies et des chiens.
Néanmoins, comme les soldats s’éloignaient, ils se turent pour voir ce qu’ils allaient faire.
La bande entra dans la boutique des sœurs du sacristain ; puis elle sortit tranquillement, sans faire de mal aux cinq femmes qui priaient à genoux sur le seuil.
Ensuite ils avisèrent l’auberge du bossu de Saint-Nicolas. Là aussi on leur ouvrit à l’instant pour les apaiser ; mais ils reparurent au milieu d’un grand tumulte, avec trois enfants sur les bras, entourés du bossu, de sa femme et de ses filles, qui les suppliaient à mains jointes.
Arrivés devant le vieillard, ils déposèrent les enfants au pied d’un orme, où ils restèrent assis sur la neige en leurs habits de fête. Mais l’un d’eux, qui avait une robe jaune, se leva et courut en chancelant vers les moutons. Un soldat le poursuivit, l’épée nue ; et l’enfant mourut la face dans l’herbe, pendant que l’on tuait les autres autour de l’arbre.
Tous les paysans et les filles de l’aubergiste prirent la fuite en poussant de grands cris et rentrèrent dans les fermes. Resté seul, le curé suppliait les Espagnols avec des hurlements, se traînant à genoux d’un cheval à l’autre, les bras en croix, tandis que le père et la mère, assis sur la neige, pleuraient pitoyablement leurs enfants morts, étendus en travers de leurs jambes.