[28] Inscriptions d’Ameni, Denkm, II, pl. 121.
Celui-ci « était le père des faibles, le soutien de ceux qui n’avaient pas de mère ; craint des méchants il protégeait le pauvre. Il était le vengeur de celui que le puissant avait dépouillé. Il était l’époux de la veuve et le refuge de l’orphelin[29] ». « Celui-là était le protecteur des humbles, une palme d’abondance pour l’indigent, l’aliment des pauvres, la richesse du faible, et sa sagesse était au service de l’ignorant[30]. » — « J’étais le pain de celui qui avait faim, l’eau de celui qui avait soif, le vêtement de celui qui était nu, le refuge de celui qui était dans le besoin. Ce que j’ai fait pour eux, Dieu l’avait fait pour moi »[31], disent d’autres inscriptions, reprenant toujours le même thème de bonté, de justice et de charité. « Bien que grand, j’ai toujours agi comme si j’avais été petit. Je n’ai jamais barré la route à quelqu’un qui valait mieux que moi. J’ai toujours répété ce qu’on m’avait dit, exactement comme on me l’avait dit. Je n’ai jamais approuvé ce qui est bas et mal, mais j’ai pris plaisir à dire la vérité. La sincérité et la bonté qui étaient dans le cœur de mon père et de ma mère, mon amour les leur a rendues. J’ai été la joie de mes frères, l’ami de mes compagnons, j’ai reçu les voyageurs sur la route ; mes portes étaient ouvertes à ceux qui venaient du dehors et je leur ai donné de quoi se rafraîchir. Ce que me dictait mon cœur, je n’hésitais pas à l’accomplir[32]. »
[29] Tablette d’Antuff. Louvre, C. 26.
[30] British Museum, 581.
[31] Dumichen, Kalenderinschriften, XLVI.
[32] Bergmann, Hieroglyphische Inschriften, pl. VI, I. 8 ; pl. VIII, IX.
III
Dans le Livre des Morts, quand, après la longue et terrible traversée du Douaou, qui n’est pas l’enfer égyptien, comme on l’a dit, mais une région intermédiaire entre la mort et la vie éternelle, l’âme est arrivée dans le pays de « Menti » qu’on appela plus tard l’« Amenti », elle se trouve en face de Maât ou Maît, la plus mystérieuse divinité de l’Égypte. Maât est la ligne droite, elle représente la Loi, la Justice-Vérité, la Justice absolue. Chacun des grands dieux se dit maître de Maât, mais elle ne reconnaît aucun maître. Les dieux vivent par elle, elle règne seule sur la terre, dans les cieux et le monde d’outre-tombe ; elle est à la fois la mère du dieu qui l’a créée, sa fille et le dieu lui-même. En présence d’Osiris assis sur son trône de juge, est mis dans un des plateaux de la balance le cœur du mort qui symbolise toute sa nature morale, dans l’autre plateau se trouve une image de Maât. Quarante-deux divinités, qui représentent les quarante-deux péchés qu’elles sont chargées de punir, sont rangées derrière la balance dont Horus surveille l’aiguille, tandis que Téhutin, le dieu des lettres, inscrit le résultat de la pesée. Tout ceci n’est évidemment qu’une représentation allégorique, une sorte de mise en images, une projection sur l’écran de ce monde, de ce qui se passe dans l’autre, au fond d’une âme ou d’une conscience qui se juge après la mort.
Alors, si l’épreuve est favorable, se passe une chose extraordinaire qui révèle la signification secrète, inattendue et profonde de toute cette mythologie : l’homme devient dieu. Il devient Osiris même. Il se découvre pareil à celui qui le juge. Il joint son nom à celui d’Osiris, il est Osiris-un-tel. Il se retrouve enfin le dieu inconnu qu’il était à son insu. Il reconnaît l’Éternel caché au fond de lui-même, qu’il avait cherché durant toute son existence et qui, finalement délivré par ses bonnes œuvres, par ses efforts spirituels, se révèle identique au dieu qu’il avait écouté et adoré et dont il avait voulu se rapprocher en le prenant pour modèle.
C’est, sous une autre image, l’absorption de l’âme purifiée dans le sein de Brahma, le retour à la divinité de ce qu’il y avait de divin dans l’homme, comme aussi, sous l’allégorie dramatique, l’âme qui se juge elle-même et se reconnaît digne de rentrer en Dieu.