A quoi bon fouiller dans les tiroirs ? Les lettres qui traînent sont toujours des lettres de fournisseurs, ou si elles émanent d’un jeune homme, elles ne parlent que de respectueuse amitié.

A quoi bon aller trouver l’ancien inspecteur de la Sûreté qui dirige une agence de renseignements ? Cet homme, par son regard fixe, son attitude sévère, donnera tout d’abord la sensation qu’on fait auprès de lui une démarche coupable, qui tombe sous le coup des lois, et qu’il va vous mettre tout de suite en état d’arrestation. Il consent à écouter, puis dit avec simplicité :

— Va-t-elle dans les maisons de passe ?…

On est partagé entre l’envie de lui cracher au visage pour cette impudente hypothèse ou de se mettre à pleurer en lui disant qu’on a peur qu’elle y aille en effet.

L’ancien inspecteur de la Sûreté fait payer ses services fort cher, et comment ajouter foi au témoignage de ce personnage lamentable auquel il confie votre destin, de ce déclassé qui a pour profession de suivre et d’espionner et qui prend dans ses mains sales la photographie de la charmante infidèle ?

A quoi bon attendre soi-même dans un fiacre aux stores baissés, devant des portes dont le vrai mystère ne s’éclaircira jamais ? A quoi bon imaginer l’être cher auprès d’un inconnu, avec ce même abandon qu’on croyait être seul à provoquer, dans une pose dont l’audace et le détail vous affolent ? A quoi bon guetter si la poudre est absente, si les lèvres sont trop rouges, si la coiffure a été défaite et refaite ? A quoi bon empoisonner son bonheur de chaque jour ?

Il vaut mieux fermer les yeux, et, si l’on voit quand les paupières sont baissées, se jurer à soi-même qu’on ne voit pas.

LA MAITRESSE ET LES AMIS

Charles me dit :

— J’ai à te parler. Du reste je ne te vois plus. Viens au Pousset, demain, à cinq heures.