Non, je veux te forcer comme on force une bête,
Te faire revenir à l’animalité
Par la peur, te montrant subitement ma tête
Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.

A la course! Pour fuir tu lèveras ta robe,
Mon souffle d’animal te chauffera les reins.
Les arbousiers avec l’œil rouge de leur globe
En passant de leur suc t’humecteront les seins.

Tu heurteras les troncs, glisseras sur les gommes,
La ronce à chaque pas te déshabillera,
Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d’hommes,
En effluves épais entoureront tes pas.

Tu fuiras jusqu’aux lieux où le parc est sauvage,
Où la racine à vif perce le sol en rut,
Où le pourrissement des bois et des feuillages
Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.

Je te culbuterai parmi les fondrières,
Je te déchirerai, je te ravagerai,
Je te ferai sentir tout l’amour de la terre
Dans un élan que rien ne pourra modérer.

Et dans le rythme immense où tu seras plongée,
Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir,
Le baiser des fourmis, l’amour des scarabées,
Des étreintes de mandibule et de suçoir.

Et tu sauras combien est beau le crépuscule,
En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail,
Les insectes amants, les couples minuscules
Et tout le grouillement de la terre en travail.

Et, boueuse et sanglante, au sein de la nature,
Tu renieras l’orgueil de ta virginité
Dans ce lit de la vie et de la pourriture
Dont j’aurai fait jaillir l’éternelle beauté.

PLAISIRS DU SULTAN

Le sultan énervé, las des femmes trop grasses
Du harem, des soldats dormant sous leur cuirasse,
Des eunuques trop laids et des chiens assoupis,
S’est fait porter avec ses bonbons, ses tapis,
Son narguilé d’argent et ses flacons de rose,
Dans la cour du palais que le soleil arrose.
Quatre nègres géants dont le torse est bombé
Font luire autour de lui leurs sabres recourbés.
Il s’ennuie, il a froid, il est triste de vivre...
Il fait venir la vierge aux beaux cheveux de cuivre,
Pareils à du feu chaud tressé sur un front pur.
Les nègres saisissant ce corps pétri d’azur
Lui fendent les poignets et pendant qu’elle crie
Versent le sang sur un plateau d’orfèvrerie.
Le sultan trempe alors ses mains languissamment
Dans le sang tiède et voit au fond des yeux charmants
De la vierge, la mort venir des veines vides...
Les sabres recourbés ont quatre éclairs splendides,
Le soleil brûle et le sultan clignant des yeux
Sur le corps étendu jette un grand velours bleu...