Depuis la ville semble atteinte de jaunisse...
L’homme languit, frappé par l’esprit de la mer,
Et fou, sur les quais bleus où les bateaux pourrissent,
L’évêque danse avec sa mitre de travers...

FEMME A LA PANTHÈRE

Il fait très chaud... Je marche à travers un jardin
Plein d’aloès. Au loin, résonne un tambourin,
Un chant de caravane ou de tribus en marche.
Je vois un pavillon de bois peint... quelques marches...
J’y cours, je les gravis, et j’hésite, levant
La portière d’argent rayé qui tremble au vent.
Je pénètre... Et sous le tamis des moustiquaires
Celle que la chaleur et le rêve exaspèrent
Dont les reins font un arc tendu par le désir,
Se pâme... Elle me voit et sourit de plaisir...
Elle écarte la gaze, offrant ses seins qui battent
Et son front couronné d’un turban écarlate.
Je tends les bras... Alors dans les coussins épais,
Longue et féline, une panthère qui dormait
S’étire, fait crisser ses ongles, me regarde.
La femme dont la main sur la bête s’attarde
S’offre encore et je vois dans un rais de soleil
Que la femme et le fauve ont des yeux verts pareils...

LA BOUCHÈRE NUE

Le village est cassé, atteint de lèpre, hagard.
Les toits sont par endroits troués par le désastre.
La place boursouflée et le clocher camard
Ont l’air de grimacer au silence des astres.

On dirait que le désespoir et le remords
Sont les hôtes geignants de ces portes de briques.
Mais comme un pou géant enfanté sur les morts
L’orgie au ventre épais bave dans les boutiques.

Des hommes un par un glissent le long des murs.
Là-bas dans une odeur de bête et d’écurie,
Sous le rougeâtre feu du bec de gaz obscur,
Comme une gueule en sang bâille la boucherie.

Ils entrent et parmi les bœufs morts de l’étal
S’accroupissent, luxurieux et pleins de joie.
Les visages ont quelque chose d’animal.
Au loin la lune monte... un chien errant aboie...

Et l’énorme bouchère aux grands seins descendant
Paraît et le public éclate quand elle entre.
Elle rit de plaisir et fait claquer ses dents,
Nue et flasque, elle danse une danse du ventre.

La viande et la sueur sentent également.
Un vieux en ricanant tient la lampe à pétrole
Et la hausse et la baisse à chaque mouvement,
Comme un prêtre bouffon d’une grotesque idole.