Une autre, fauve et lourde, en gémissant s’affale,
Se crucifie et meurt sur le divan crevé.
Plus loin, les yeux brillants et la face animale,
L’homme est comme un forçat à son spasme rivé.
Le champagne et l’éther coulent et se mélangent.
Près d’une tache d’huile un genou trop épais
Prend dans le demi-jour une importance étrange,
Le tapis est usé, les sièges contrefaits...
Mais soudain, au milieu de ces caricatures
De la magnificence absente de l’amour,
Un souffle délicat descend des moisissures
Du plafond, sort des trous des draps et des velours.
Et malgré l’espoir vain, la détresse profonde,
Malgré l’odeur humaine et les relents du mal,
Un frisson de beauté circule une seconde
Dans ce rez-de-chaussée où vomit l’idéal...
JE VOUDRAIS BIEN ENTRER...
Je voudrais bien entrer dans cette maison-là...
Je vois le corridor baigné d’un vague éclat...
Mais tu me prends la main en disant: Pas encore!
Ta robe en tissu de chagrin se décolore
Et la rue est si longue et mon cœur a si mal.
Arrêtons-nous. J’entends comme le bruit d’un bal
Étouffé... Mais tu dis: Plus loin! Pas cette danse
Ni ces danseurs plaintifs qui tournent en silence...
—J’ai tellement besoin de rêver quelque part
Au jeune adieu qui pleure auprès du vieux départ.
Il pleut et ta figure est tellement voilée!...
La bonne porte luit au fond de cette allée...
Tu vois, on m’a fait signe... Et tu dis: Pas encor!
—Je serre contre moi le lis noir du remords...
On voit les flaques d’eau étinceler par terre...
Ah! que les bonheurs morts renferment de mystère!
LA JEUNE FILLE AU LUPANAR
Au judas, apparaît un visage de plâtre.
Devant la maison louche, aux clartés du fanal,
Luisent les diamants et les bagues bleuâtres
De la femme mi-nue en sa robe de bal.
Un coin de son hermine est pendant dans la boue.
La ruelle s’éclaire et fait ressortir mieux
Le blé de ses cheveux, la rose de sa joue,
L’ivoire de ses seins, le métal de ses yeux.
L’ivresse du plaisir tend comme un arc sa forme.
Elle rit en faisant claquer ses jeunes dents.
Ses perles effleurant une matrone énorme
Éblouissent le seuil de leur luxe impudent...