Elle embrase en passant le corridor sinistre
De la flamme en satin qui double son manteau.
Sa prunelle aux tons mats que ne cercle aucun bistre
Écorche les miroirs comme un feu de couteau.

Le troupeau, comme une eau malade se déverse
Dans le salon, timide, hébété, paresseux...
Elle, dans les sofas se pâme et se renverse,
Montrant sa jambe fine et son torse nerveux.

L’aspect des corps lassés attise sa luxure,
Elle écrase les seins tombant entre ses doigts,
Se moque insolemment des pauvres chevelures,
De la rape des peaux et du graillon des voix.

Elle les fait danser, se coucher sur son ordre,
Ainsi qu’une dompteuse exquise aux yeux d’acier,
Domptant des animaux qui voudraient bien la mordre,
Mais courbent leur échine et lui lèchent les pieds.

Le piano faussé résonne et le vin coule...
Parfois elle égratigne avec son ongle peint
Le dos vaincu d’une des femmes qui s’écroule,
Ou la cingle du coup de fouet de son dédain.

Sous l’électricité les visages se creusent.
L’alcool est plus puissant, les tapis plus profonds,
Un halo de splendeur baigne la visiteuse,
L’envie et le malheur descendent du plafond...

Et soudain, sans un mot, tout le bétail se dresse
Avec un goût de sang, des regards d’assassin.
Elles se penchent, haletantes de l’ivresse
De broyer à la fois ses bijoux et ses seins.

Elles voudraient casser cette main frêle et rude,
Crever cette peau fine avec ses diamants,
Ce corps trop ferme insulte à leur décrépitude,
Et vaincre ce cynisme orgueilleux de vingt ans...

Or, debout, l’autre s’est campée au milieu d’elles
Et se grise du voisinage de la mort,
L’air de crime la fait plus perverse et plus belle,
Hors la robe, elle tend exprès son jeune corps.

Et le couteau pâlit devant l’éclair bleuâtre
Des bijoux, toutes les tigresses en fureur
Ne sont plus qu’un troupeau de chiennes qu’il faut battre,
Pour leur air malheureux de femelles en pleurs...