Les ruelles crachaient les voleurs et les filles
Et les couples gâtés d’interlopes amants.
Et le phoque géant et la femme torpille
Se mêlaient en un monstrueux accouplement.

Et dans l’ombre tombant de l’éléphant du cirque
Comme si, là, la foire avait mis son secret,
La petite danseuse et le nain anémique
Dessinaient en dansant un fragile ballet.

Mais je fus ébloui du cerceau des gugusses
Et du vol clair des écuyers surnaturels...
Et je fus projeté par les montagnes russes
A travers le feu d’artifice jusqu’au ciel.

LES NOCTURNES

L’esprit bleu de la nuit s’élève des pavés...
Ils marchent sans savoir ce qu’ils pourront trouver
Dans les longs corridors déserts que sont les rues.
Cœurs tristes des maisons, fenêtres disparues!...
Un volet claque, un bar clignote, un fiacre meurt...
Chacun un peu plus loin veut porter sa douleur...

Ils croisent des soupeurs attardés, des ivrognes,
Des ouvriers allant vers d’obscures besognes
Et les sergents de ville avec leur capuchon.
Les gardiens de travaux lèvent leur lumignon,
La pierreuse au front bas leur parle de sa chambre
Et pour les décider leur découvre ses jambes.

Le brouillard pénétrant humecte leurs habits,
Un chaland mort repose au long du quai maudit...
De son clapotement le fleuve les appelle...
L’ombre de cette nuit leur paraît éternelle...

Rentrer chez soi tout seul! Tout vaut mieux que le mal
De l’allumette avec son éclair sépulcral
Dans l’escalier, que tous ces seuils inexorables,
Que l’appartement froid, la lampe sur la table,
Le livre ouvert, le lit, ce berceau des remords,
Et le morne sommeil, frère obscur de la mort.

VIOL DE FILLE

Après le dernier bar, au haut de la montée
S’ouvre sa chambre et de la rue on voit le lit.
C’est une fille magnifique et réputée
Qui vend à bon marché la luxure et l’oubli.