LA PETITE DANSEUSE

Le géant était triste auprès du nain malade.
La grosse caisse et les cymbales expiraient
Et s’accoudant sur le carton des balustrades,
La petite danseuse au loin me regardait.

Sous la robe à paillette et le manteau de flamme
Je sentais qu’elle avait très froid au vent du soir,
Froid à sa chair d’enfant et froid peut-être à l’âme...
La foire finissait dans un grand désespoir.

Elle me regardait avec des yeux si tendres!
Une onde d’amitié vous baigne quelquefois,
On en a le cœur gros et l’on ne peut comprendre
La foule morne s’écoulait autour de moi
Alors parmi la mort de la foule muette,
Pour l’ami inconnu ainsi qu’un signe obscur,
La danseuse soudain fit quelques pirouettes
Et le geste d’offrir au ciel son corps très pur.

Mais je ne compris pas la parole subtile.
Cette mystérieuse offrande au sens profond...
L’homme ferme son âme en vivant dans les villes...
Et je partis avec les derniers lumignons...

Et c’est pourquoi, les jours de l’an, les jours de Pâques,
Depuis ce temps, je cours les foires au hasard...
Mais je n’ai jamais plus retrouvé la baraque,
La petite danseuse et son tendre regard.

LE CORBILLARD INFATIGABLE

Je vois derrière moi toujours ce corbillard...
J’ai beau fuir à travers le soir couleur de laine,
Au tournant de la rue il surgit du brouillard
Et de maigres chevaux empanachés le traînent.

Je vois les yeux brillants et les traits amaigris
Et les habits tachés des cousins et des frères,
Et je vois le drap noir sous les bouquets flétris,
Traînant sur les pavés sa loque funéraire.

Le cortège se met à courir si je cours.
Il longe l’avenue ou traverse la place.
Je le vois se hâter le long des maisons basses,
Il se tient immobile au coin des carrefours.