L’église... Elle est béante et s’ouvre comme un ventre
D’orgue et d’encens qui va manger le corbillard...
Mais non... Le prêtre, au loin, les panaches, le chantre
Parmi les becs de gaz saignant... Il se fait tard...
Un bal public perdu dans un quartier de suie...
Des danseurs fatigués que bercent des tambours...
Un quatorze juillet attardé dans la pluie
Et malade parmi l’automne des faubourgs...
Je me cache au milieu du peuple qui reflue
Mais vois toujours couler les larmes du drap noir
Et les pauvres parents cheminent tête nue
Et parfois la polka les bouscule au trottoir.
Et l’un d’eux se met à polker! Les feuilles mortes
En groupe d’or dansent autour du corbillard...
Le port s’éteint... Je me tapis contre ma porte...
Le cortège apparaît au fond du boulevard...
J’ai gravi l’escalier et j’allume la lampe.
Ils sont derrière moi, ils montent lentement,
Et j’entends le cercueil qui cogne sur la rampe...
Ils entrent solennels dans mon appartement...
Au parfum délicat des robes suspendues,
Aux tiédeurs des coussins pour l’amour préparés
La mortuaire odeur du bois se substitue
Et le fade relent des vêtements mouillés...
Ils sont tous là... La chambre est à peine assez grande.
J’ai quelques fleurs au fond des vases. Les voici!
Ils tiennent leur chapeau dans la main, ils attendent...
Et leur cercle autour du drap noir s’est rétréci...
Ah! quand repartira ce cortège d’automne?...
Quel est le cimetière où le mort dormira?...
Le prêtre s’est assis et le chantre fredonne
Et quelqu’un dans un coin esquisse une polka...
COMPLAINTEDE L’HOMME QUI S’EST PERDU
Je me suis perdu dans la ville immense.
Chaque réverbère est un peu de sang.
Chaque ruisseau luit comme une espérance
Qui vous tord le cœur en disparaissant,
En tâtant les seuils je vais, gémissant.
A des carrefours je croise des danses.
Je vois l’assassin guetter le passant
Sur un boulevard gelé de silence.
Je me suis perdu dans la ville immense.