Ah! laisse à tes genoux
Ce ruisseau de bijoux,
Ce torrent de bagues,
Car il n’est de saphir
Qui vaille un souvenir
Dans tes grands yeux vagues.

Je préfère aux anneaux
Sculptés dans les métaux,
Aux splendides chaînes,
Aux perles par milliers,
L’invisible collier
Tressé de mes peines.

Sa forme et sa beauté,
Ni ce qu’il m’a coûté
Afin qu’il existe,
Tu ne sais pas cela.
Tes yeux ont plus d’éclat
Lorsque je suis triste.

Voir tes yeux noirs verdir
Est mon plus cher plaisir
Et tous les topazes
Semblent moins orangés
Que ton corps allongé
Sans turban, ni gaze.

Aussi voici ce soir
Le collier aux grains noirs
Que seuls mes yeux voient.
Des perles de mes pleurs,
Du fil de mes douleurs,
Tu feras ta joie.

L’AME DES PAVOTS MORTS

L’âme des pavots morts monte dans la fumée...
Je contemple, étendu, les visages humains,
Les meubles délicats, les choses bien-aimées,
Bercé sur le vaisseau de l’opium divin.

L’homme à tête de chien se penche sur la lampe,
La femme aux anneaux d’or avec son corps étroit,
Ainsi qu’un serpent blond et métallique rampe,
Ondule et me saisit et s’enroule sur moi.

Une autre, épaisse et fauve, ainsi qu’une crinière,
Fait tournoyer dans l’air ses boucles de lion,
Tandis qu’un peu plus loin les yeux d’une panthère
Fixent sur moi le vert glauque de leur rayon.

Dans les feux de la soie errent des chats magiques,
Tordant nonchalamment leur corps phosphorescent,
Des oiseaux font pleuvoir dans un vol féerique
Un arc-en-ciel de leur plumage éblouissant.