ÉPIGRAPHE

ÉPIGRAPHE

Sans robe, sur le lit, tu t’étais allongée.
Je regardais ton corps et la chambre orangée
Dans la phosphorescence et la chaleur du soir
Se refléter au fond des pâleurs du miroir.
Et tout à coup, je vis les choses familières,
Sous un verdissement bizarre de lumière,
Qui se décomposaient, prolongeaient leurs contours,
Se muaient en êtres humains aux torses courts,
Aux cous trop longs. Je vis les meubles de la chambre
Qui se prenaient entre eux et qui tordaient leurs membres,
Revêtaient une forme à l’aspect animal.
Un palais fantastique et caricatural,
Avec des lacs de chair, de vivantes tentures
Et des contorsions d’obscènes créatures
Et des sexes géants figurant des piliers,
Remplaçait l’endroit cher où, sur ton bras plié,
Reposait en rêvant ta tête éblouissante.
Mais hors du lit, coulant comme une eau jaillissante,
Tu tordis tes cheveux qu’électrisait le soir
Et tu vins écraser tes seins sur le miroir,
Et ton buste d’enfant, souple comme une lame.
Et moi, voyant cela, j’avais peur dans mon âme
Que les bouches et que les bras que tu frôlais
Ne te fissent tomber dans l’étrange palais.
Mais tu ne voyais pas l’architecture folle,
Ni les accouplements, ni les affreux symboles,
Et tu riais devant le miroir argenté
De ta peau de fruit clair et de ta nudité.

L’ANE A CORNES

COMBAT DE FEMMES

Elles devaient se battre au couteau, toutes nues...
L’odeur du vin sortait d’un tonneau débouché...
Le bouge rayonnait sous la lumière crue...
Un patron monstrueux lavait le zinc taché...

Les filles attendaient avec des yeux qui flambent,
Couchant leurs corps contre les hommes attablés.
Par la porte du fond on voyait une chambre,
Les housses, la pendule et les draps maculés.