C’est pour ce paradis qu’elles allaient se battre,
Pour s’y vautrer avec l’enfant ensorceleur
Dont les yeux d’assassin et le teint olivâtre
Les changeaient toutes deux en louves en chaleur.
Il fumait et jetait au plafond la fumée.
Les voix se turent. L’on fit cercle avidement.
Les rivales étaient par le rut animées,
Impudiques, elles riaient sauvagement.
Et la blonde semblait une grande génisse
Avec des bas de soie et de puissantes mains.
La brune charriait dans son sang tous les vices
De la rue. Elle avait une odeur de jasmin.
C’était un serpent noir qui portait sur le crâne
Une rose et ses seins étaient fermes et droits.
Pour égayer encor le public qui ricane
Elle fit devant lui danser son ventre étroit.
Et puis les deux couteaux luirent dans l’air opaque,
La sueur ruissela sur les corps furieux,
On entendit les coups sur les membres qui craquent,
Une main empoigna la toison des cheveux.
Les yeux des spectateurs s’exorbitaient de joie,
Ils appelaient le sang par des mots orduriers.
La blonde par la nuque avait saisi sa proie
Et s’efforçait de l’écraser sur le plancher.
Alors, le serpent noir dans le sang qui l’inonde
Roula ses reins presque brisés sous l’étouffoir
Du corps et de son arme ouvrit en deux la blonde
Qui fit: Ahan! comme une bête à l’abattoir.
Les témoins prirent peur et vidèrent la salle.
Le jeune homme toujours fumait paisiblement,
Et la brune, les mains sanglantes, triomphale,
Sur la morte gesticulait obscènement.
Un gramophone au loin berçait la nuit des bouges...
Le pas de la police errait sur les pavés...
Et la chair qui sentait le jasmin, la chair rouge,
Put enfin s’enfoncer au fond du lit rêvé.
Celle qui demeurait vainqueur de la rafale
Des poings épais et du couteau la tailladant,
Geignit d’amour sous le baiser des lèvres mâles
Qui buvaient sa salive et qui mordaient ses dents.