Je bâtirai tout seul le temple sans colonnes,
Je ferai la muraille avec mes souvenirs,
Sculpterai le portail de l’espoir qui pardonne,
Je creuserai la voûte avec l’âme à venir,
Je l’illuminerai des cierges du désir
Pour placer sous la dalle où ne viendra personne
L’invisible trésor qui ne doit pas périr.

VIEILLESSE

Tel je serai. Dans un vieux corps une jeune âme,
Dans un visage replâtré des yeux repeints.
Car j’aurai jusqu’au bout le besoin de la femme,
Elle fut mon alcool, mon tabac et mon pain...

J’userai du crayon, du fard, du cosmétique,
Ma peau ruissellera de rouge délayé
Et je m’effondrerai dans les boudoirs antiques,
Cherchant les frissons morts, les parfums oubliés.

Éblouissant de bleu, de kohl, de calamistre,
J’irai comme un tableau peint sur du parchemin.
Chacun contemplera sur ce vainqueur sinistre
Les poches de mes yeux et les nœuds de mes mains.

Je serai l’automate à ressorts, au teint jaune,
Le mannequin vivant, le maigre épouvantail
Et l’on chuchotera les surnoms qu’on me donne:
Le cadavre au bouquet, le spectre à l’éventail.

Je serai la ruine en parfums que délabre
Le poison de l’acide et le suc de l’onguent,
Le galantin fardé, le cavalier macabre
Qui se cambre et sourit dans un bruit d’ossements.

—O pouvoir qui détruis et fais naître, ô nature!
Fais-moi mourir avec des cheveux et des dents,
Des possibilités d’amour sur ma figure
Et des lèvres pouvant embrasser en mordant...

Fais-moi mourir ce soir si la moindre faiblesse
Dans mon sang et mes nerfs doit se faire sentir,
Drapé dans ce soleil couchant de ma jeunesse
Qui me donne un regain plus puissant de désir!

LE NOUVEL ORPHELINAT