Du palais dont les murs n’avaient pas de miroir
Il franchit les remparts de bronze. A son passage
Les gardiens sur le seuil hochèrent pour le voir
La laque affreusement luisante des visages.
La ville des mendiants grouillait non loin de là
Avec ses toits tassés et ses balcons difformes,
Et l’aurore en naissant baignait d’un vague éclat
La petite cité sous le palais énorme.
Il arracha la soie attachée à son front
Et se pencha sur l’eau verdâtre d’une mare.
Alors il vit très loin dans la vase et les joncs
Une triste momie, une larve bizarre.
Quand le soleil parut et que sur le chemin
Des enfants en haillons, des femmes apparurent,
Il connut les cheveux, les lèvres de carmin,
Le riche mouvement du sang des créatures.
Mais il ne comprit pas la couleur de la chair,
Le charme rayonnant émané des figures...
«Quoi! la terre, dit-il, produit ces êtres clairs...
Les masques sont plus beaux que ces caricatures.
«Les sept rois effrayants ont des têtes de morts
Mais le peuple a pour moi des faces trop vivantes.
Je suis l’enfant déjà séché, marqué du sort,
Le squelette futur des royautés sanglantes.»
Il revint à pas lents au palais sans miroir...
Les gardes agitaient au vent leurs barbes peintes.
Les sept rois l’attendaient avec leur masque noir
Et de leurs sept mains d’os il sentit les étreintes.
Les salles rayonnaient sous les lampes de safran,
Les danseuses tournaient dans des robes splendides
Et les bouffons avaient un rire déchirant...
Seul un masque de plomb pleurait de ses yeux vides...
LA FILLE DE LUCIFER
J’aime Sabbahalla, fille de Lucifer,
La même qui jadis près d’un lac de Syrie,
Riait aux chameliers qui venaient du désert
Et leur montrait sa peau par la flamme fleurie.