LA DESCENTE AU PARADIS
LA DESCENTE AU PARADIS
Le lac miraculeux brillait dans les couloirs
De galets bleus et de rochers météoriques.
Des monts de fin du monde au loin fermaient le soir
Et je suis descendu dans l’abîme conique.
Des gerbes de mica jaillissaient par milliers,
Près de moi s’éployaient des arbres de porphyre,
Le soufre et le salpêtre humectaient l’escalier,
Je voyais aux parois des laves froides luire.
Et tout au fond du gouffre, au cœur des minéraux,
Parmi les champs de houille et les forêts de schiste,
Sous l’ardoise pareille à d’aveugles vitraux,
La porte d’or massif était splendide et triste.
Elle tourna pour moi silencieusement.
Je me remémorai le regard de ma mère.
Je vis les rochers noirs et leurs entassements
Et quittai le chaos fraternel de la terre.
—Que d’azur! j’en étais entièrement baigné.
C’était un printemps clair, éternel, immuable,
De parterres taillés, de sources ineffables
Et tout était choisi, sans défaut, ordonné.
Et les roses semblaient des citrouilles parfaites
Par la dimension et l’absence d’éclat
Et le parfum de ces énormes cassolettes
Était comme un parfum de tisane et d’orgeat.
Les bienheureux marchaient en mornes théories,
La vierge sans désir baissant encor les yeux,
L’épouse vertueuse avec sa peau jaunie
Et l’enfant nouveau-né dont le corps est glaireux.