LA VRAIE PURETÉ
Tu me dis que je ne dois pas m’habiller avec des vêtements de laine blanche parce que je ne suis pas assez pur. Mais, ô charmante, la vraie pureté n’est pas dans les actions, mais dans le cœur.
Quand je me suis tenu un soir sur le seuil de la porte avec des yeux légèrement troubles, tu t’es écrié : « Mon Dieu, tu viens encore de voir danser les bayadères ! » Et pourtant, ô délicieuse, j’étais enveloppé par l’essaim des célestes pensées qu’inspire la danse.
Comme je remuais dans un vase de terre des milliers de minuscules coquillages tu en as pris une poignée que tu as fait retomber au soleil et tu as dit : Ils sont aussi nombreux que tes péchés. Et j’ai répondu : ô parfaite, comme mes péchés alors, sont propres et purs !
Et le soir où je t’ai trouvée endormie et nue sur la natte et où je t’ai éveillée en baisant tes lèvres, ton premier mouvement a été pour t’enrouler dans ton voile. Je t’ai demandé pourquoi et tu m’as dit simplement : « C’est pour que tu aies le plaisir de le dérouler. » O sincère, la vraie pureté n’est pas dans les actions, mais dans le cœur.
LA LOUANGE DES ANNÉES
Comme le vin qui en vieillissant se dépouille de ses âcretés, comme le palmier qui laisse choir chaque année un cercle de branches séchées pour faire jaillir vers le ciel une gerbe plus fraîche et plus jeune, ainsi mon âme rejette ses pensées impures au contact régénérateur des années et elle lance vers le ciel de la mort le juvénile bouquet des aspirations idéales.
La vieillesse n’est pas terrible. Elle pose sur le front de l’homme sage une couronne de roses cueillies au jardin mystique de la pensée. La vue des yeux physiques diminue, mais on aperçoit des jardins insoupçonnés, des fleuves d’argent, le déroulement des vallées et des montagnes du pays intérieur. L’on entend moins bien la résonnance des voix humaines mais la perception vient de toutes les mystérieuses paroles qui sont dites dans l’au-delà.
O puissance que j’ai redoutée quand je ne te connaissais pas, tu es bienveillante comme l’affection, tu es féconde comme la force du blé, tu es transformatrice comme le printemps. Tu m’as donné la connaissance de la mesure, tu m’as appris la valeur de l’amitié, tu m’as fait peser les actions humaines dans la balance du pardon. Tu es le trésor de l’homme pauvre, la clairvoyance de l’aveugle, la légèreté du paralytique.
Je me réjouis de m’avancer dans ta voie inéluctable où chaque pas que je fais me rend le cœur plus léger et où je contemple une lumière de plus en plus pure. C’est grâce à toi que j’avance dans la connaissance de moi-même, que je me dépouille des voiles inutiles, des masques trompeurs et que je contemple les choses sous leur double aspect de bien et de mal. C’est grâce à toi que j’atteindrai la porte étroite de la mort, purifié par le pardon, illuminé par l’intelligence.