LA MINIATURE DE L’AMOUR

Chapour peignait en Perse des miniatures si délicates que l’on distinguait sur les robes des rois qu’il représentait le dessin de chaque fil de tissu avec sa forme particulière.

Et on voyait aussi sur le visage des favorites chaque grain de la peau comme un univers féerique ombragé par un duvet nain.

Ainsi je voudrais te peindre une miniature de mon âme avec mes pensées d’amour qui s’enroulent comme des fils de soie et mes espérances plus ténues que des duvets.

Mais je ne suis pas comme Chapour qui regardait la substance matérielle de la forme avec un verre grossissant. A travers mon propre esprit je suis mille couloirs ténébreux et je me perds dans le palais souterrain des choses spirituelles.

Je possède pour toi de tendres sentiments que je ne te dévoile pas et le trésor de mon amour, tu ne le connaîtras jamais et tu n’en recevras même pas de moi une miniature délicate.

LA BRODERIE DE PADMANI

Elles s’entendaient si bien toutes les trois qu’elles avaient fini par se ressembler. Elles faisaient régner une harmonie si douce dans la maison que je croyais entendre parfois comme de réelles vibrations musicales glisser du rez-de-chaussée à la terrasse.

Elles étaient également belles et leurs chambres étaient de la même couleur. Leur image pourtant ne se reflétait pas également dans l’eau claire d’un seau au soleil. Sans que j’aie pu m’expliquer comment, le visage de la plus jeune dont le nom était Padmani ne dessinait dans l’eau qu’un double mobile et couleur de cendres. La plus jeune était la plus triste des trois.

Elles étaient aussi gaies que les abeilles au printemps et que les chèvres sur les pentes des montagnes. Leur rire résonnait dans l’escalier comme un ruisseau frais.