Et parfois sous les clairières et dans les jungles sauvages, il entendait l’écho d’un luth, d’un luth semblable à celui dont jouait l’esclave Boundi sous les citronniers.

Et alors, des dévas glissaient sous la voûte sombre des arbres et le touchaient avec la baguette de cristal du souvenir, du souvenir de la beauté entrevue. Mais il ne pleurait pas pourtant.

IV

Et à cause du luth lointain, à cause des invisibles dévas, il revint à la fin au palais de Gunnaur. Et comme l’âme a des reflux, le flux de la raison l’emporta. Il oublia le royaume des bêtes pour ne régner que sur les hommes.

Il fut puissant, il fut clément, il eut des armées pour la guerre, il bâtit des temples pour la prière. Il fut craint et il fut aimé. Il pratiqua la justice, mais dans la ville ou sur les routes, ou dans les fêtes de son palais il demeurait enveloppé d’une intérieure solitude. Et il n’entendit plus jamais résonner au loin, le luth aérien.

Un jour, qu’il était à la chasse avec tous les grands du royaume, il s’arrêta sous un vieil arbre majestueux pour se reposer. Et il remarqua des ossements humains que la pluie avait blanchis. Il vit un poignet délicat avec un anneau de fer sculpté.

« Quel peut-être cet anneau de fer ? » demanda-t-il. « Je le reconnais, dit un de ses serviteurs. C’est l’anneau que les esclaves Boundi ont coutume de porter au poignet. Sous ce vieil arbre majestueux, une esclave Boundi est venue mourir. » Alors pour la première fois, le rajah de Gunnaur pleura.

LE PAPILLON ET LA BOUGIE

Elle était à genoux sur le tapis de prière. A côté d’elle était une bougie allumée et un flacon d’essence de roses débouché. Un papillon aux couleurs miraculeuses volait dans la chambre. Son visage était en extase.

Quand je suis entré, elle a fait un mouvement comme quelqu’un qui est pris en faute. Je me suis penché sur elle et j’ai vu dans ses prunelles l’image du jeune homme auquel elle pensait. J’ai éteint la bougie. Le papillon s’est envolé.