Moi aussi, sur du papier tressé de lin à Gwalior, j’ai écrit ton nom et la description de ta beauté et le sable inexorable des années effacera mes vers.
Qu’importe, ô Padmani, que les hommes plus tard ignorent tout de nous deux, si toi tu sais dans cette minute combien je t’ai aimée.
LE ROSAIRE NOIR DES OCCASIONS PERDUES
Dans une rue de Bénarès, une femme m’a fait signe à une fenêtre. Elle souriait et j’ai fait semblant de ne pas la voir. Je suis revenu à la tombée de la nuit. La fenêtre était fermée.
Dans une rue de Bénarès, un mendiant m’a tendu la main et j’ai hâté le pas en détournant la tête. Mais je me suis rappelé soudain les enseignements du prophète et je suis revenu en arrière. Il n’y avait plus trace du mendiant.
Dans une rue de Bénarès, un moullah m’a montré de loin la porte sculptée d’une mosquée et j’ai passé. Quand un peu plus tard j’ai voulu prier, j’ai erré interminablement le long des bazars et des murailles de bambous.
Et ainsi toute ma vie j’ai laissé derrière moi un rosaire noir d’occasions perdues. O insensé que tu es, toi qui ne sais pas qu’il vient un moment où l’on ne rencontre plus ni la femme, ni le mendiant, ni Dieu !
LE PAVOT NOIR
Jamais aucun baiser ne me fut plus cruel que celui qu’elle me donna devant la porte du jardin en me disant qu’elle était triste de me quitter jusqu’au lendemain et qu’elle m’aimerait toujours.
Une marchande de dahi passait dans la rue avec ses paniers d’osier. Des enfants dans la poussière se disputaient un morceau de camphre. Et je voyais sa joie de partir qui se dégageait d’elle comme un ange muet habillé de mensonge.