Jusqu’à demain sans te voir ! dit-elle encore. Sa robe faisait un bruit soyeux de mousselines neuves. Que vas-tu faire en m’attendant ? Elle s’est éloignée à petits pas, sans hâte apparente. Je l’ai suivie des yeux, j’ai cueilli un pavot noir et je suis rentré.
UNE FEMME DANS UN MIROIR
Rien n’est plus mélancolique que de regarder une femme dans un miroir. On ne reconnaît pas bien la chambre, derrière la femme, et la bougie, au fond, à l’air de brûler pour le culte d’un dieu oublié.
C’est une illusion de bonheur que l’on goûte auprès d’une illusion de créature. Je ne serai pas surpris si la femme s’envolait tout à coup par la fenêtre comme un oiseau et si la flamme se détachait de la bougie et tombait à terre comme un rubis mort.
Celle qui est auprès de moi pourrait être une autre. Je ne suis pas bien sûr d’être dans cette chambre-là. Un oiseau de mousseline tourbillonne, un rubis mort fait une goutte de flamme sur le tapis, et moi je me détache de mon corps, je cesse d’être moi-même, je me perds dans l’infini du miroir.
LA FÊTE DE BHAVANI, QU’ON APPELLE CELLE QUI FAIT PLEURER
O pourquoi n’es-tu pas venue ? Je t’attendais avec tant d’impatience ! J’avais préparé les châles et les mousselines que tu aimes. J’avais marché dans l’allée dont le détour te plaît. Comme le chant du rossignol est triste lorsque le cœur vous fait mal !
O pourquoi n’es-tu pas venue ? C’était le jour de la fête de Bhavani, la déesse à qui on a donné quatorze noms différents et je me suis souvenu que l’un d’eux est Félicité. Comme le bruit de la gaîté des passants est triste lorsque le cœur vous fait mal !
O pourquoi n’es-tu pas venue ? Tous les bazars étaient fermés. Tous les temples étaient muets !… Chaque pas qui résonnait au loin, c’était le tien. Je me suis souvenu que la déesse Bhavani s’appelle aussi : Celle qui fait pleurer… Comme le silence sur la ville est déchirant lorsque le cœur vous fait mal !