— Je viens chercher Eva, me cria l’homme du fond d’un espace illimité.
Et comme il agitait son revolver, je remarquai qu’il était maigre et extrêmement velu.
— Eva ! appela-t-il encore.
Brusquement il se baissa et regarda sous le lit.
— Je ne sais pas de qui vous voulez parler, dis-je en regrettant de ne pas avoir profité de cette seconde d’inattention pour bondir sur lui et le désarmer.
— Vous avez rougi, reprit-il, vous savez où elle est, mais je la retrouverai.
Effectivement j’avais rougi, ayant reçu de ma mère ce signe d’une sensibilité supérieure.
J’allais protester contre le caractère insensé de ses questions et de ses menaces, lorsque les murs se rapprochèrent brusquement autour de moi, la matière avec ses qualités compactes m’environna de nouveau. Le danger venait de disparaître en même temps que le revolver et que l’homme.
J’entendis le bruit d’une clef qu’on tournait. Alors mon indignation éclata. Je me précipitai sur la porte et la secouai en vain. L’inconnu m’avait enfermé et venait d’emporter la clef.
Je rouvris la fenêtre et d’une voix retentissante j’appelai Ali le Macassar qui devait occuper une chambre à quelque distance de la mienne. Il y était heureusement encore. Sa silhouette taciturne s’encadra dans la tristesse du mur et cette vue me calma.