Nous atteignîmes bientôt un lieu que l’on pouvait difficilement appeler un bois d’ébéniers, vu qu’il y avait, outre des ébéniers, des bambous, des aréquiers, des palmiers nibong et toutes sortes d’arbres velus, hérissés, formidables dont je ne connaissais pas le nom.

Mais Eva s’orientait très bien, c’était l’essentiel.

Nous descendîmes de cheval. Plusieurs vagues pistes aboutissaient à l’endroit où nous nous étions arrêtés.

Alors, mon cœur se mit à battre et je dis, sans regarder Eva, de la manière la plus indifférente possible :

— Ali pourrait garder les chevaux pendant que, pour nous délasser, nous marcherions sur un de ces sentiers. Voulez-vous ?

Je levai imprudemment la tête. Nos yeux se croisèrent pendant qu’elle disait, oui. Sans doute le reflet de la bête était sur mon visage, car elle hésita soudain et faillit changer d’avis. Puis elle eut un petit geste insouciant et supérieur qui me fit penser à mon geste à moi, lorsque je fais claquer mon fouet, au milieu de mes animaux.

Nous marchâmes assez longtemps. Je cherchais un endroit assez dépourvu de hautes herbes pour pouvoir l’inviter à s’asseoir sans qu’elle eût la crainte des serpents.

Rien de conscient ne subsistait en moi que la volonté de réaliser mon désir. Par un dédoublement inexplicable, j’avais honte de moi-même. Mais quand cette honte se faisait jour, je voyais le visage de Djath, sa bouche sensuelle et ses mains soignées aux ongles teints. Et puis une phrase entendue jadis, me revenait à la mémoire.

— Un homme ne doit jamais permettre à une femme de jouer avec son désir.

Et alors une bouffée d’amour-propre me montait aux joues et je me sentais rougir en marchant.