Je me fis à moi-même le serment de le retrouver quelque jour.
LE TIGRE PRISONNIER
Les jours passèrent. Le découragement s’empara des âmes. Les bonnes volontés s’usèrent. Le nombre des consolations diminua. On roula les tentes devant la maison. Les travaux abandonnés reprirent dans l’indigoterie.
Je voulus, avant de partir, revoir le temple de Ganésa et je m’y rendis avec Ali et une demi-douzaine de Javanais car il était convenu qu’on ne circulerait plus dans la forêt qu’en troupe nombreuse.
Tous les recoins du temple avaient été explorés. Il y avait mille traces du passage des hommes et il était vain d’y rechercher les traces d’Eva. La chose avait été faite dès le premier jour sans résultat.
Au milieu du jour le temple n’avait pas le même mystère que la nuit. Pourtant je le trouvai terrible avec sa forme impitoyablement circulaire, la régularité de ses escaliers, ses figures muettes. L’antique sagesse avait une apparence si diversement étrange qu’elle ressemblait à la folie.
Au moment où nous allions nous éloigner définitivement, je revins sur mes pas et j’examinai de près un des personnages à tête d’éléphant. Je vis qu’il avait quatre mains. L’une tenait une conque, l’autre un disque, l’autre une massue, la dernière une fleur de lotus.
Alors, je ne sais pourquoi, par vengeance peut-être, avec le manche de mon couteau je cassai un bout de trompe qui tomba misérablement sur le sol et quelques pétales de la fleur de lotus.
Ainsi l’homme n’était pas absolument vaincu par la pierre, puisqu’il avait le pouvoir de la mutiler.
Je n’informai M. Varoga de mon départ qu’à la dernière minute. Je voulais éviter de longs adieux attendrissants. Il n’ignorait pas que j’aimais sa fille et que j’étais aussi malheureux que lui. A ma grande surprise, il me quitta très froidement. Je supposai que l’individu qui portait mon chapeau avait dû me faire du tort dans son esprit et mon chagrin en fut très vif.