Je souffris aussi à cause de l’amitié d’un affreux chien jaune, sans race, et d’un lion.
Un de mes employés avait mis le chien dans la cage du fauve pour voir comment il serait dévoré. A sa grande surprise, le chien n’avait montré aucune terreur et le lion aucune envie de dévorer cette proie. Ils avaient joué ensemble et dormi à la fin, l’un dans les pattes de l’autre. On parla de cette amitié dans Singapour et beaucoup de gens vinrent voir les deux animaux dans la même cage.
Comme le chien prélevait sa nourriture sur la part du lion, sans provoquer la moindre colère de son compagnon, il fit des excès de viande et contracta une sorte de gale. Je simulai pour cette maladie un profond dégoût et j’en pris prétexte pour faire tuer le chien.
Désireux de me prouver à moi-même que les animaux n’étaient pas capables d’un vrai sentiment amical, je me procurai, le lendemain, un chien jaune, de la même taille que le premier et à peu près semblable et je le fis placer dans la cage du lion.
Mais celui-ci entra dans une terrible colère. Il mit à mort, d’un coup de griffe cette caricature d’ami et il rugit longtemps désespérément à cause du souvenir de la bête galeuse que l’on avait arrachée à son affection.
Un castor apprivoisé s’était construit une habitation en terre d’un confortable extraordinaire. Il y avait transporté deux petits chats trouvés je ne sais où et il les avait élevés avec sollicitude. Mademoiselle Whampoa étant venue voir de nouveaux animaux que j’avais reçus d’Afrique, remarqua les petits chats qui étaient recouverts d’une fourrure splendide.
Je me hâtai de les lui offrir, non pour lui faire plaisir, car je trouvais que cette jeune Chinoise riche était ridicule par l’affectation de ses connaissances littéraires, mais dans le but de séparer le castor de ses enfants d’adoption. Elle emporta les petits chats. La maison des Whampoa était de l’autre côté de la rivière, derrière le quartier chinois. Une haute muraille la séparait du faubourg.
Il y avait le lendemain matin au pied de cette haute muraille un castor désespéré qui avait traversé Singapour en gémissant et que lapidèrent les enfants.
Je me plus à torturer des béos.
Les béos sont de petits oiseaux très rares qui ont dans leur plumage toutes les couleurs du prisme. Ils possèdent des nerfs d’une si incroyable délicatesse que la vue d’un peu de sang répandu suffit pour les faire mourir. Ils ont reçu le don de la connaissance musicale, et ils souffrent et tombent en pâmoison, s’ils entendent jouer faux.