Nous fumâmes en silence.

Par un de ces brusques caprices qui lui sont familiers, la pluie s’arrêta tout à coup.

— Je vais rentrer en me promenant, tout doucement, dis-je encore.

Une légère lumière blafarde teintait les choses au dehors. Je vis dans le jardin de grands champakas rouges que l’eau alourdissait et faisait pencher. Inès m’accompagna jusqu’à la grille en marchant sur la pointe des pieds pour ne pas mouiller ses petits souliers.

Je la saisis brusquement et elle se laissa aller contre moi sans résister. J’eus, durant une seconde, sa bouche mouvante sous la mienne. Mais des voix retentirent. Un groupe de coolies s’avançait avec une lanterne.

Nous nous séparâmes et je portai la main d’Inès à mes lèvres.

— Et moi qui vous demandais si vous étiez Français, dit-elle en riant, au moment où je m’éloignais. Ah ! non, vous ne l’êtes pas du tout.

LE CHAPEAU DE PAILLE

J’arrive à l’événement le plus important de ma vie qui fut une mauvaise action, accomplie consciemment.

Je ne raconterai pas en détail comment je fus amené à épouser Inès, quels détours singuliers elle prit pour arriver à ce résultat, le chiffre énorme de ses dettes que je payai et la certitude que j’acquis de son absence totale d’amour pour moi. Tout cela est de peu d’importance. Les événements les plus considérables de l’existence ne sont ni les morts, ni les mariages, ni les catastrophes qui surviennent, mais certains petits faits qui ont, sur l’évolution de l’esprit, une influence secrète.