Il ajoutait, mais comme une chose de moindre importance, qu’il y avait aussi péril de mort pour moi à demeurer à cette place.
Il invoqua pour vaincre mon désir d’immobilité le nom de sa mère qui l’attendait à Goa et comme je n’étais pas touché par l’image de ma vertueuse tante, que j’avais toujours jugée encore plus sotte que son fils, il nomma ma propre mère, cette sainte venue du Portugal, dont on n’a jamais prononcé en vain le nom devant moi.
Je me levai aussitôt. La fumerie était déserte. Je passai le premier. Nous sortîmes sans encombre.
LA CHANSON DU ROHI-ROHI
Je m’aperçus, avec surprise, le long du port, que pour la première fois de ma vie j’avais oublié ma cravache.
— J’irai la chercher demain, dis-je.
Mon désir d’immobilité était remplacé par une envie de course légère, de promenade indéfinie à travers l’air transparent de la nuit.
Comme mon cousin, maintenant rassuré, commençait à m’expliquer l’utilité des pattes de tortues pour la fabrication de l’écaille fondue, je profitai de l’attention qu’il portait à son sujet et d’un tournant de rue pour me mettre brusquement à courir dans une direction inverse à la sienne. Je le perdis sans difficulté.
Je franchis comme en rêve la série de ponts jetés sur les étangs qui entourent le port, je longeai les jardins de M. Whampoa, je pris la route bordant la rivière, je m’enfonçai dans l’intérieur de l’île.
J’étais possédé par une singulière allégresse. Je voyais à la clarté des étoiles pâlissantes les bungalows accrochés au flanc des collines, les jardins entourés de haies d’héliotropes sauvages et d’aloès, les avenues hâtivement taillées dans la forêt.