Il fallut que Jehoudah se mît en quête d’un palanquin et de porteurs. Il apprit en même temps les événements de la journée. Quand on transporta Castro de la barque dans le palanquin, l’obscurité naissante empêcha qu’on le reconnût.
Jehoudah ordonna aux porteurs de se diriger le plus vite possible du côté de l’église des Rois Mages. Pour ne pas imposer sa présence à Castro, il suivit le palanquin à pied. Il avait de petites jambes et il était obligé de courir pour ne pas être distancé.
Le vieux curé du Bon-Jésus eut beaucoup de mal à expliquer au père Vincent qu’il n’était plus prêtre parce que son ordination était postérieure au moment où Monseigneur de Silva était entré en lutte avec le pape.
Le père Vincent quitta Goa à pas lents, cherchant à comprendre. Quel mystère que cette perpétuelle ardeur des hommes à se faire du mal les uns les autres ! Quel mystère que la mort de l’archevêque ! Dieu avait ôté la vie à son messager lorsque sa parole semblait devoir être la plus utile, et lui-même ne devait plus porter cette robe qui était sa seule gloire intérieure.
— Peut-être ai-je péché par orgueil, se dit-il. Oui, je n’ai pas été assez humble.
Il faisait nuit quand son ombre timide sortit de la ville et glissa dans la longue avenue des manguiers qui menait à l’église des Rois Mages. Quand il fut arrivé au point où l’allée redescend et où l’on découvre l’horizon, il s’arrêta tout à coup et il se passa la main sur les yeux.
Il ne voyait pas la tour forteresse, sous la masse trapue des pierres, se dresser comme la force solide de la foi. L’église avait disparu.
Les pluies diluviennes de la nuit précédente avaient déplacé les sables mobiles et déterminé la chute de l’antique monument. Cela était arrivé à l’heure des vêpres, peut-être pendant l’excommunication, et personne n’avait entendu le bruit de l’écroulement.
Quand le père Vincent descendit, il se rendit compte que dans le même temps où Dieu ôtait sa protection à son saint, sa volonté active se retirait de la terre où était bâtie l’église et l’abandonnait au néant.