Ainsi, il n’y aurait désormais plus de messe pour les très misérables ! Quel insondable abîme que la volonté divine ! Il regarda l’étendue des étangs qui miroitaient et où commençait à s’élever le cantique des grenouilles familières, puis, plus loin, le cercle des montagnes et la terre vaste.
Eh ! bien, il n’essaierait pas de comprendre. Il allait remonter vers son ermitage, au milieu des pierres plus solides de la montagne de Boma, dans cette cathédrale éternelle que Dieu ne ruinerait pas avant la fin du monde. Mais il ôterait auparavant cette robe qu’il ne devait plus porter.
Et frappé soudain par l’idée de quelque grave faute inconnue qu’il commettait peut-être en la conservant, il s’en dépouilla dans les ténèbres, parmi la tristesse des blocs démolis.
— Tu as été un orgueilleux, songeait-il.
Mais qu’importe ! Est-ce qu’une croix faite avec deux branches nouées ne suffisait pas ? Est-ce qu’il n’aurait pas là-haut, à l’orée des grandes forêts, une voûte plus large où s’élancerait très loin la prière de son cœur pur ?
— C’est en toi que tu trouveras le Christ, lui avait dit un jour monseigneur de Silva.
Il essaierait de pénétrer cette parole mystérieuse. Il vivrait désormais avec les hommes sauvages, il serait nu comme ses frères. Il les aimait davantage maintenant qu’ils n’avaient plus d’église. Il leur dirait la messe sans autel et sans objets sacrés et Dieu serait tout de même là.
Il se mit une dernière fois en prière.
Ce fut à cet instant que le palanquin où Castro était étendu apparut entre les manguiers. La fraîcheur nocturne le réveilla et lui rendit la conscience des choses. Il fit un grand effort pour se soulever, mais il n’y parvint pas et ce fut Jehoudah qui le mit sur son séant.
— L’église ? murmurait-il en regardant autour de lui avec des yeux agrandis. Ce n’est pas ici. Allons à l’église des Rois Mages.